Tchac, boum, bang, ainsi s'exprime la bande dessinée. Rien d'étonnant à ce que professeurs de français et feuilletonistes s'en détournent horrifiés. Aujourd'hui, elle pique cependant à nouveau leur curiosité. Les romans dessinés, appelés romans graphiques, démontrent en effet que bulles et dessins peuvent aussi raconter des histoires qui ont du fond.
Les romans graphiques délaissent les super-héros infaillibles et les étranges créatures animales au profit de personnages bien réels vivant des aventures aussi réelles que passionnantes. La biographie de Johnny Cash par Reinhard Kleist, l'histoire sur Stuart Sutcliffe, le membre fondateur oublié des Beatles (« Baby’s in black » d'Arne Bellstorf), le polar de Jacques Tardi « Brouillard au Pont de Tolbiac », des road-movies comme « Le voyage avec Bill » de Matthias Schultheiss ou « L'autoroute du soleil » de Baru, le futurisme spectaculaire d'Enki Bilal avec la « Trilogie Nikopol » – tous ces livres en disent plus avec des dessins qu'avec des mots. Dans « Haarmann, le boucher de Hanovre », Peer Meter et Isabel Kreitz revisitent le plus grand scandale judiciaire allemand des années 20. Dans « Le journal de mon père » et « Quartier lointain », l'auteur japonais Jiro Taniguchi analyse à quel point la perception de soi peut être trompeuse. Une matière suffisamment dense et captivante pour l'étudier sur les bancs d'école.